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Automne 2006 - Numéro 5

Nouvelle chaire en neuroéthique

Les percées dans le domaine de la science du cerveau, en particulier dans les secteurs de l'imagerie cérébrale et des substances améliorant le rendement, soulèveront d'importantes questions éthiques. Par exemple, comment assurerons-nous la protection de la vie privée et la confidentialité si les nouvelles technologies permettent de scruter les tréfonds du cerveau humain ? Et comment déterminerons-nous quelles personnes pourront avoir accès à une nouvelle substance susceptible d'améliorer la mémoire ou de modifier la personnalité ?

Afin d'examiner les questions émergentes en neuroéthique, l'Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies (INSMT) des IRSC a créé une chaire en neuroéthique. Un concours a été lancé, et le nom du candidat retenu sera annoncé à la fin de l'automne 2006.

« La neuroéthique est un domaine tout nouveau. Il y a très peu de chercheurs dans ce domaine au monde », dit le Dr Rémi Quirion. « La création d'une chaire en neuroéthique nous permettra de développer des capacités de recherche en attirant au Canada un expert en neuroéthique de renommée mondiale ».

L'imagerie cérébrale apporte de nouvelles perspectives au vieux débat philosophique sur la nature de la conscience et la responsabilité morale, le libre arbitre et le déterminisme.

Les percées dans le domaine de l'imagerie cérébrale et la mise au point des médicaments modifiant le comportement soulèvent de nouvelles questions en neuroéthique. Dans un proche avenir, les progrès dans le domaine de la tomodensitométrie et des technologies d'imagerie fourniront un accès sans précédent à la mémoire des personnes, de même qu'à d'autres processus et états mentaux.

« Un grand nombre de questions se posent concernant la protection de la vie privée et la confidentialité, compte tenu de notre capacité accrue de « lire le cerveau », en particulier en ce qui a trait aux comportements ou aux traits de personnalité associés à la violence, aux toxicomanies et à l'intelligence », dit le Dr Quirion. « Voulons-nous que les employeurs et les assureurs puissent écarter des candidats sur la base de données d'imagerie cérébrale, au motif qu'une personne est prédisposée à l'anxiété ou à la dépression ? »

La mise au point de médicaments qui peuvent moduler le comportement ou améliorer la mémoire pose également des dilemmes éthiques. « Que faire dans le cas d'une personne qui veut utiliser un médicament pour améliorer sa mémoire avant un examen ou pour réduire son anxiété ? Ces médicaments devraient-ils être réservés aux personnes souffrant d'une maladie, comme la maladie d'Alzheimer, ou devraient-ils être accessibles à tous ? Est-ce que seules les personnes pouvant s'offrir ces médicaments auraient accès à ces derniers ? », demande le Dr Quirion. « Il n'appartient pas nécessairement aux neuroscientifiques de déterminer ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Cependant, nous avons l'obligation de lancer un débat élargi sur ce qui est approprié », conclut-il.

« La création d'une chaire en neuroéthique nous permettra de développer des capacités de recherche en attirant au Canada un expert en neuroéthique de renommée mondiale »

Parmi les questions de longue date en neuroéthique, mentionnons le consentement libre et éclairé de la capacité de prendre des décisions. « Le consentement libre et éclairé présente des problèmes éthiques en neuroscience, étant donné que, souvent, les patients n'ont pas la capacité de donner leur consentement en raison de troubles neurologiques. Les médecins doivent alors s'en remettre au consentement d'un tiers », dit le Dr Quirion.

Ces circonstances soulèvent des questions éthiques, par exemple : Quels sont les critères appropriés pour l'évaluation de la capacité de prendre des décisions aux fins des recherches ou des soins cliniques lorsque des troubles neurologiques nuisent à cette capacité ? Les personnes souffrant d'une maladie mentale ou d'un problème de toxicomanie peuvent-elles comprendre et évaluer correctement les risques ? Quel est le lien entre la détermination de la capacité et le niveau de risque pour la personne et pour la collectivité ? Quelle est l'influence du contexte culturel ou social sur la conception de la capacité de prendre des décisions ?

La chaire en neuroéthique des IRSC permettra à une université ou à un institut de recherche en santé canadien d'appuyer un chercheur réputé dans le domaine de la neuroéthique au Canada durant une période de cinq ans.

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